Pentecôte

24 mai 2026

 

QUELLE LANGUE ADAM PARLAIT-IL ?

Lorsque Dieu parlait avec Adam, avant les grands chamboulements du déluge et de la tour de Babel, dans quelle langue s’entretenaient-ils ? (A mon avis en français du Grand-Siècle.) Était-ce le même dialecte que Dieu confondit à Babel ? D’ailleurs, quand Dieu confondit ce langage, Il manifesta l’absence d’unité entre les hommes de cette ville. Point d’orgueil divin à voir se réaliser sans Lui une unité, ni jalousie à voir sombrer un peuple dans l’idolâtrie d’une porte des dieux qui toucherait le ciel, mais la tristesse d’une fausse unité. Il manquait à ce peuple la langue du cœur qui seule unit, c’est pourquoi, lorsqu’ils ne comprirent plus le patois du voisin, ils perdirent leur illusoire unité bâtie sur une fausse compréhension. Si leur parole et leur compréhension s’unissaient au plus profond de leur cœur ils auraient compris malgré les mots, à travers regards et gestes, l’intention de chacun, et ils se seraient compris, et la tour aujourd’hui trônerait majestueuse entre le Tigre et l’Euphrate.

Au contraire, à la Pentecôte chacun comprenait dans son langage ce que les apôtres disaient, la compréhension se situait à une autre profondeur que la superficialité de l’oreille. Comme au catéchisme, nous pourrions dire que cette langue du cœur que tous comprennent est la langue de l’amour. Ce qui est tout à fait juste, à condition de bien s’entendre. Cela ne veut pas simplement dire que l’amour vrai parvient à se faire comprendre de toutes les manières possibles, ni seulement que toutes les cultures humaines témoignent d’un même amour demeurant dans leur cœur quoique son expression différât selon le temps et l’espace. Au plus profond de nous, demeure l’écho de la Parole divine qui nous tissa dans le sein de notre mère, la Parole qui nous éveilla à l’existence. En retrouver l’écho est la mission de la poésie, de ces paroles qui touchent et qui éclairent. Elle est la première création de Dieu, de sorte que même les sourds muets aveugles comme Helen Keller s’ouvrent à la vie de l’esprit par un verbe intérieur manifesté par le toucher.

Ce que la confusion de Babel a révélé est bien plus qu’une désunion des cœurs, mais un bafouillage, un manque de verbe intérieur. Les hommes de ce peuple ne pouvaient surpasser la division des langues par une union des cœurs car ils n’avaient rien à unir. Le bafouillage de la parole intérieure, le bégaiement du cœur voilà ce que la multiplication des dialectes a révélé. Dès lors, sans vie intérieure à partager, sans langue pour faire semblant de les unir, les hommes se sont dispersés à la recherche de la Parole qui les réuniraient. Or, cette parole, comme la tour, est intérieure à notre être. La parole comme la tour se construisent et s’écoutent dans la prière du cœur, comme le dit le poète : « Citadelle, je te construirai dans le cœur de l’homme. »

(A. de Saint-Exupéry, Citadelle, II).

P. Paul Balaresque

Lectures de la messe dominicale

Gn 11, 1-9; Ps 103; 1P 3, 15-18; Jn 7, 37-39

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