11ème dimanche du Temps Ordinaire

14 juin 2026

LA COMPASSION QUI APPELLE

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux ». Jésus regarde les fatigues silencieuses qui habitent le cœur de l’homme : des vies dispersées, des cœurs blessés, une moisson immense qui semble parfois se perdre. Il y a deux mille ans comme aujourd’hui, les visages de la souffrance demeurent les mêmes : le deuil qui laisse un vide, la solitude qui enferme, les blessures que l’on porte en secret, l’inquiétude devant l’avenir politique, écologique et la perte du sens traversent la vie de chacun de nous. Au fil de ces trois années, j’ai entrevu ces fragilités dans les repas partagés, les paroles échangées à la sortie de la messe, dans le silence d’une confession ou dans la confidence d’une rencontre.

Face à cette détresse, Jésus ne commence pas par donner une explication. Il se laisse toucher. Sa compassion devient un appel. Il ne choisit pas des héros, mais des hommes et des femmes façonnés de la même terre que ceux qu’ils vont rejoindre. Le Christ ne vient pas nous promettre une vie sans blessures ni un bien-être qui ferait disparaître le manque. Il nous conduit vers une humanité plus profonde, où même nos limites peuvent devenir des lieux où l’amour renaît. Avant de transformer le monde, il transforme notre regard. Sa compassion ne retire pas le poids du réel ; elle nous apprend une autre manière de le porter : avec plus de douceur envers nous-mêmes, plus de disponibilité envers l’autre et une confiance renouvelée en Dieu. Aujourd’hui Jésus nous appelle à continuer son œuvre de compassion.

Durant ces années passées sous le regard de Notre-Dame de Grâce de Passy, j’ai vu cette compassion prendre chair dans les gestes simples de cette paroisse, je la vois dans la fidélité des bénévoles qui offrent quelques heures de leur temps pour les autres, dans la porte du Café du Parvis ouverte à ceux qui cherchent une présence, dans les visites aux malades, dans l’accompagnement de ceux qui traversent le deuil, la souffrance ou les passages obscurs de l’existence. Là, sans bruit, la foi se partage, la charité se tisse, et l’Église apprend chaque jour à s’aventurer au pays de l’autre.

Avant de partir, je voudrais simplement rendre grâce à Dieu. Merci à chacun de vous. J’ai reçu ici plus que je n’ai pu donner. Dieu s’est laissé reconnaître dans le silence des jours : dans des regards fidèles, des mains tendues, des présences discrètes qui, sans le savoir parfois, ont rendu l’Évangile visible. Et désormais, ce que j’ai reçu ici devient une force pour le chemin du Liban.

P. Georges Lichaa El Khoury

Lectures de la messe dominicale

Ex 19, 2-6; Ps 99; Rm 5, 6-11; Mt 9, 36-10,8

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