12ème dimanche du Temps Ordinaire

21 juin 2026

MALAISANT

Bien des adolescents de notre quartier, élevés dans des familles catholiques, ressentent un double malaise. D’une part, ils construisent leur identité comme tous les adolescents en fonction du groupe, ils sont très sensibles au malaise, à ce qui est gênant ou ridicule. D’autre part, l’ami exigeant qu’est le Christ les met en porte-à-faux avec le monde. Soit leur foi s’affirme en un rejet du monde, ce qui conduit à la création d’un groupe de contre-culture par rapport aux camarades ou un groupe de fayots par rapport aux autorités. Soit la foi, ou sa pratique, et donc sa progression et sa vie sont abandonnées pour embrasser la mode actuelle.

Il y a donc deux chantiers, deux craintes distinctes à faire disparaître. Mais ces deux craintes sont profondément unies. D’abord la crainte du malaise, de déplaire au groupe ; et ensuite la crainte d’annoncer la foi, d’oser la vivre. Certains adultes de notre quartier vivent d’ailleurs toujours dans la crainte du malaise. Crainte de passer pour le rabat-joie qui va à la messe, crainte d’être le prude qui ne se moque pas des filles ou la bégueule qui ne note pas les garçons. Crainte d’être le père-la-morale. Crainte de ne pas être invité là où on s’amuse, là où il faut être, là où tout se joue. La crainte naturelle du malaise et de l’exclusion, crainte de ne pas être dans le coup, se poursuit et se déploie, pour les chrétiens, en une crainte d’être rejeté pour une Parole qui vient d’un Autre, d’être moqué et insulté du fait même de notre droiture. La lumière brûle les yeux habitués aux ténèbres. Crainte aussi de se voir jugé par les autres, qui savent bien que nous ne sommes pas toujours à la hauteur de la parole dont nous sommes les messagers. C’est la dictature du « On va en parler » ; « Qu’en dira-t-On ? » ; « On a toujours fait ainsi » ; « On doit vivre avec son temps » ; et, comme chacun sait, il ne manque à On que la troisième lettre de l’alphabet.

La solution ne se trouve pas en une crainte opposée en un châtiment divin, le texte est plus fin : « Quiconque se déclarera pour moi, je me déclarerai pour lui ; qui me reniera je le renierai. » La « déclaration » est « homologie » soit « même parole », donc : qui aura constamment la même parole que moi, j’aurai même parole que lui. Plutôt que de s’identifier au monde et à son inauthenticité, Dieu nous propose de nous identifier à Lui et par Lui à notre originalité. Il faut donc aider nos adolescents à vaincre le malaise, non pas en capitulant face au monde, mais au contraire en les aidant dans la construction de leur personnalité, en les aidant à fuir la peur du ridicule. Alors, nous ne les aiderons pas seulement à être des hommes et des femmes debout et libres, nous les aiderons en outre à devenir des véritables disciples du Christ : Chrétiens sans peurs et Français sans reproches. Ou bien, comme dit saint Carlo Acutis : « à vivre comme des originaux, et non comme des photocopies. ».

P. Paul Balaresque

Lectures de la messe dominicale

Jr 20, 10-13 ; Ps 68; Rm 5, 12-15; Mt 10, 26-33

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